Grêve des femmes / Si les femmes arrêtent – la société s’arrête !

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JIF 2020 / Fraestreik – lettre à la rédaction de Thérèe Gorza du 14 avril 2020

Si les femmes arrêtent – la société s’arrête !

Une chose est claire. La crise actuelle révèle à quel point l’inégalité de genre hommes/femmes est structurelle et encore fortement ancrée dans les mœurs et les consciences non seulement au Luxembourg. Il est évident que sans les femmes travaillant dans les secteurs du „care“ du nettoyage et du commerce pas de gestion ni de sortie de la crise. Ce sont elles qui sont indispensables pour le fonctionnement de la société et cela non seulement en temps de crise. On les applaudit gentiment, on leur donne une aumône pour leur dévouement et leur courage. Oui, elles y risquent leur santé et même leur vie! Mais leur demande-t-on leurs avis si les aboutissants de la crise sont discutées? Non, là on aime plutôt s’adresser aux „experts“ masculins. Dans le Wort du 27 mars, dans la rubrique Economie et finances! 10 hommes et pas une seule femme nous débitent leur opinions sur les retombées de la crise. RTL: sur invitation de la rédaction une seule femme depuis le début de la crise et dans le Forum magazine plutôt sensible aux thèmes de l‘égalité, dans le dossier sur le COVID-19, pas une seule femme ne prend la plume pour donner son avis, que d‘experts masculins avec leurs analyses superspécialisées, pas un mot sur celles qui font la majorité du boulot, les invisibles….

Paulette Lenert qui par ailleurs fait un boulot excellent en ces temps, ne s‘est pas posé la question de la sousreprésentation des femmes au niveau décisionnel, comme elle a révélé dans une entrevue sur la radio 100,7. Mais elle a aussi concédé qu‘il y aurait peut-être une nécessité de creuser cette question.

Il est vrai que pour pouvoir argumenter et proposer des solutions, il nous faut des chiffres. Des statistiques sur les femmes dans les secteurs susmentionnés existent, il faut dès maintenant les utiliser pour étudier l’impact de la crise actuelle sur le vécu de ces femmes et sur les femmes en général d‘ailleurs. Homeschooling, télétravail, garde d‘enfants, familles monoparentales, violence conjugale et bien d‘autres. Le gouvernement devrait charger un institut de recherche de vérifier ces données, d‘étudier par exemple la situation salariale dans les secteurs concernés, évaluer si les salaires correspondent au charges et à la valeur du travail effectué. Cela vaut bien évidemment aussi pour les secteurs du transport, de la livraison à domicile et tous les secteurs précaires qui maintenant font marcher l‘économie.

Et une autre question qu‘il faudrait analyser est celle de l’attribution des aides sous l‘aspect de genre. Qui profite de ces aides, y-a-t-il une distribution équitable de ces aides ? Les 20,5 millions d‘aides déjà distribuées selon le ministre Kersch, à qui elles ont été versées et quels en étaient les bénéficiaires ? Et aussi les milliards qui seront distribuées encore, les femmes en béńficieront-elles au même titre que les hommes ? Répondre à ces questions aujourd´hui et à l‘avenir, cela rendra visible les doléances des invisibles. En Allemagne, par exemple, Mara Kuhl a élaboré un « catalogue de critères » pour une politique de crise respectant l’égalité de genre. Il est basé sur une analyse du plan de relance entré en vigueur pendant la crise économique de 2008. L’une des mesures était l’allocation de travail de courte durée, note M. Kuhl : « Au plus fort de l’utilisation de l’allocation de travail réduit en 2009, de tous les employéEs qui ont profité des prestations, 78 % étaient des hommes et 22 % étaient des femmes. Les fonds pour la qualification professionnelle lors paiement de l’allocation de travail réduit du Fonds social européen (FSE) pour l’Allemagne, plus de 85 % ont été dépensés pour les hommes.
Il n’est donc pas évident que la reprise de la vie „normale“ ne se fasse pas au détriment des femmes, sous le mot d‘ordre: les hommes d’abord. Sans le travail des femmes, rémunéré ou non, la socíété s‘arrêterait.

Il y a juste un mois, la manifestation de femmes du 7 mars sous le mot d’ordre „Who cares? We care!“ a justement mis en avant la situation de précarité dans les secteurs du care, en outre très fortement marqués par la présence de femmes immigrées et frontalières. Les revendications du 7 mars sont aujourd’hui plus que jamais d‘actualité. Surtout après la crise, il ne faudra pas les oublier et les mettre en avant avec force: En premier lieu, celle d’une réduction du temps de travail hebdomadaire et/ou journalier sans perte de salaire pour toutes et tous. Un premier pas pour permettre d’assurer un partage équitable du travail du care, pourque les pères aussi prennent leur responsabilités vis-à-vis de leur progéniture au même titre que les mères. Et pour alléger le fardeau du travail non rémunéré à la maison. Cerise sur le gâteau: la réduction du temps de travail permettra aussi de réduire le chômage et de diminuer les conséquences de la digitalisation sur l’emploi.

Thérèse GORZA
Membre du comité du CID Femmes et genre et de la Plateforme JIF

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