Medias : Cherchez la femme !

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A l’instar de ceux qui cherchent à résoudre l’énigme de la disparition de navires dans le triangle des Bermudes, des chercheur_es se sont penchés sur la place et le rôle secondaire des femmes dans les médias. Pourquoi n’y sont-elles que peu présentes, que ce soit comme sujet, experte ou commentatrice, dans les panels et débats, parmi les journalistes rédacteurs_trices en chef ou éditeurs_trices ? Quelles sont les causes qui font que la moitié de la population – de sexe féminin – n’occupe qu’un quart de la place dans les médias ?

La censure du chef des médias ?
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Trop rare…

La liberté d’expression et l’opposition à toute forme de censure constituent les bases du travail médiatique et journalistique. Affirmer que les médias eux-mêmes pratiquent la censure semble outrageux, c’est pourtant le constat de l’association américaine « Article XIX » face à à l’invisibilité des femmes dans les informations. « Gender-based censorship » – voilà le terme utilisé pour caractériser le passage sous silence de la gent féminine. Le concept de « censure genrée » attribue aux médias non pas le rôle de victime, mais celui de responsable de censure qu’ils pratiquent par quatre stratégies :

  • passer sous silence des femmes parce qu’elles sont femmes
  • diffamer ou abaisser les femmes
  • remettre en question, voire nier la légitimité, autorité, compétence ou expertise des femmes
  • omettre de diffuser des informations sur les questions de genre et sur les thèmes concernant plus particulièrement les femmes

Sans faire le procès aux médias et loin de dire qu’ils agissent toujours et partout de manière intentionnée, Article XIX attire l’attention sur les effets d’une telle censure genrée :

« Ultimately, like all other forms of censorship, it alters reality, dis-empowers, controls, renders invisible, and silences. »[1] Et l’association appelle les médias, leurs organes de représentation et de régulation, mais aussi les gouvernements et les organisations de la société civile à agir.

Plutôt que de polémiser sur le terme de censure – à utiliser bien sûr avec beaucoup de précaution – il convient de thématiser que les médias font, eux aussi, partie d’une société où le discours féministe n’est qu’un discours marginal, et où l’égalité des genres peine à s’installer. Ils en sont le reflet, et ils en font le reflet.

Contraintes et réticences

Les discussions et échanges avec les médias nous tiennent donc à cœur. Pour autant il n’est pas facile d’aborder ce sujet: En décembre 2015, CID et CNFL (Conseil National des Femmes du Luxembourg) ont présenté les résultats, plutôt médiocres, du 2e monitoring luxembourgeois des informations (GMMP – Global Media Monitoring Project) – devant une salle quasi vide. Les quelques échanges de vue par la suite ont bien donné l’opportunité de présenter le constat du monitoring, mais de là à s’engager ensemble avec les organes de presse, par exemple dans un projet de sensibilisation, semble encore un objectif lointain et difficile à atteindre. Pour les uns, la méthodologie du monitoring serait critiquable, alors qu’elle est approuvée par de nombreux scientifiques qui se servent des résultats du GMMP. D’autres ne voient pas le rôle de la presse dans le démontage actif des stéréotypes de genre. En plus, le gain du terrain de l’infotainment, la concurrence du journalisme classique par les réseaux sociaux et les contraintes financières risquent de reléguer au deuxième rang des questions de déontologie, notamment l’égalité de genre. Par ailleurs, ne serait-il pas quelque peu saugrenu de vouloir convaincre RTL.lu à se donner une approche sensible en matière de genre, tant que cet organe de presse publie sur sa page d’accueil une série de pin-ups et réfute toute critique de sexisme à ce propos ?

La question qui s’impose est la suivante : Quel est l’intérêt pour les médias de faire bouger la situation actuelle, de changer « leur produit » en proposant une vue et une analyse plus exhaustive des réalités ? Refléter les réalités sociales, les analyser et les remettre en question sont l’essence même du journalisme et sûrement des garanties de qualité, attendue et appréciée par les consommateurs et consommatrices.

Dans l’intérêt des consommatrices et consommateurs

Le 8 mars, Journée internationale des femmes, est l’exemple parfait pour constater le dilemme de l’intérêt que les médias consacrent aux questions de genre : pendant un jour dans l’année, les femmes dominent comme sujets et thématiques, tandis que les 364 autres jours, leur présence vacille autour de 25% maximum. L’approche intéressante du Luxemburger Wort de confier la rédaction en chef pendant ce jour à une femme (de surcroît féministe) démontre qu’il y a bien une marge de manœuvre pour jeter un autre regard sur les informations et rendre le journal plus attrayant pour un lectorat féminin – mais pas seulement !

En tant qu’organisation féministe, nous souhaitons une qualité élevée des médias et nous restons convaincues que la présence quantitativement et qualitativement améliorée des femmes et de leurs préoccupations sont un gage de droit, d’égalité des chances et de démocratie ET un gage de qualité. Cela nous motive à continuer notre travail sur le sujet médias et genre.

Les féministes devraient-elles chercher des alliés dans le mouvement de la diversité ? Il est un fait que le phénomène d’ « exclusion » médiatique concerne quelque part tous ceux qui ne sont pas masculin, blanc, éduqué et d’une certaine tranche d’âge. Combiner le genre à la diversité, c’est ce que fera par exemple le projet de banque de données expertalia[2], qui sera sous peu en ligne en Wallonie.

Les recherches sur la relation entre le genre et les médias vont bon train avec la publication de livres fort intéressants ; la bibliothèque du CID en propose un large éventail

 

[1] Agnès Callmard (2006) : Gender-based Censorship and the New Media.

[2] Expertalia.be sera officiellement lancée le 28 octobre 2016.

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